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Hey mec je t’écris d’une faille spatio-temporelle.

J’étais tranquille à écouter la radio libre en écrivant dans mon journal intime.Que l’adolescence c’est de la merde, que je suis amoureuse d’un type au bahut qui me calcule même pas et que j’ai eu mes règles pour la troisième fois.

Mec t’imagine pas ce qui m’est arrivé. J’ai rien compris, rien capté, rien contrôlé.

Le poster de Mariah Carey s’est mis à tournoyer, embarquant sur son passage ma tapisserie à fleurs, mes poupées en porcelaine (hello coming-out de mon côté kitch !) et mon gloss à paillettes.

J’ai perdu mes Star-Club et mes "Jeune et jolie". J’ai paumé mon Alcatel, mon compte MSN et ma virginité.

J’ai gardé une partie de mon acné, fuck.

Y a du Miley Cyrus et du Soy Luna qui traine au coin d’une chambre. C’est pas à moi je te dis.

Y a des portes qui claquent, un autre journal intime, une fillette qui se contemple dans le miroir avant d’aller à la boum de son amoureux.

"C’est à quel âge l’adolescence maman ?" Echo. D’une question posée il y a pas loin de vingt ans.

Maman ?

?

La porte me claque au nez. Je suis de l’autre côté. La relou, la daronne, celle qui "comprend jamais rien".

Mec j’ai pas fini mon adolescence. Peut-être même que je m’y suis coulée dans le béton.

J’envisage mon troisième tatouage, celui qui fera grimacer ma propre mère.

Je sors d’un week-end de festoche, de ceux dont tu ressors aussi pouilleux que le gueux de Montmirail.

Je suis une groupie, une chialeuse, une perchée.

Je suis retournée à l’école. Et si c’était pas une formation pour adultes, je peux t’assurer qu’on m’aurait déjà collé une quinzaine d’observations écrites pour bavardages intempestifs.

Alors je viens d’acheter "Petits tracas et gros soucis de 8 à 12 ans" pour essayer de me préparer au raz de marée qui s’annonce.

Petits-tracas-et-gros-soucis-de-8-a-12-ans

Je me revois encore à la bibliothèque feuilleter la collection "Hydrogène" pour moi-même comprendre la vie, les poils et les sentiments.

Je crois bien qu’il y a une pré-ado chez moi.

Je le sais parce qu’elle souffle beaucoup plus qu’avant quand je la contredis. Sans doute un symptôme.

Je le sais parce qu’elle commence à se dire que « ça c’est trop la honte ».

Je le sais parce qu’elle « dab ». Qu’elle laisse échapper des gros mots.

Qu’elle commence à me piquer des bijoux.Et du maquillage (oh ! Détends toi là !).

Toutes les deux on va essayer de déchiffrer tout ça ensemble. Je suis pas certaine d’être prête je t’avoue.

Et je te promets pas non plus de la faire rentrer dans les rangs. De toute façon j’ai jamais réussi à y marcher droit finalement.

J’imaginais certainement qu’avec les années et les enfants, j’allais passer dans une machine qui allait me transformer en adulte raisonnable, passionnée de politique, de prêts immobiliers, abonnée à Marie-Claire et à Femme Actuelle cuisine.

Est-ce que c'est ça être adulte ? Engager des débats interminables devant notre nouvelle porcelaine de chez « Maisons du Monde » en présentant fièrement sa nouvelle recette de gigot d’agneau ?

Amusant comme j’ai plus souvent l’impression d’essayer de jouer ce « rôle » que de me l’approprier. Pour faire comme eux. Etre grande.

Alors tu te doutes que la bouclette dorée qui cherche des réponses dans mes paroles quand moi-même je suis encore blindée d’interrogations, ça va être compliqué de la guider.

Au fond je m’en fous. Le catalogue Ikéa on l’arrachera. Nous on se bouffera un croque-monsieur devant "Hartley Cœur à Vif". Même qu’on fera ça en plateau tv. Qu’on se fâchera, qu’on claquera des portes. Qu’on grandira ensemble. Ou pas.

Si grandir c’est être gris, on reprendra le gloss à paillettes.

En chantant du Mariah.

 

" Cause there's a light in me

That shines brightly

They can try

But they can't take that away from me

From me "

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