07 septembre 2017

Faudra pas venir se plaindre

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Quand ton rire s'enfuira au milieu d'autres rires, dans un langage que je ne comprendrai pas. Quand tu dépasseras la barrière et que tu iras bien au delà.

Faudra pas venir se plaindre.

Quand je retrouverai mon rouge à lèvres dans tes affaires, que tu me piqueras mon jean et que mon paquet de cigarettes diminuera plus qu'habitude.

Faudra pas venir se plaindre.

Quand toi aussi tu partiras sans même m'embrasser, quand tu hausseras les épaules parce que je te demanderai de ne pas rentrer trop tard.

Faudra pas venir se plaindre.

Quand tu ne rentreras plus. Que ta chambre restera abominablement rangée. Quand le silence envahira les pièces.

Et que je regarderai les photos, que j'entendrai le souvenir de vos nuits incomplètes, de vos disputes incessantes ou de vos revendications. J'aurai pas le droit de me plaindre de ne pas avoir assez profité, des miettes sur le canapé, de la musique trop forte ou du bain qui déborde.

J'aurai pas le droit. Parce que c'était là devant moi et que ça l'est encore.

Et que tant qu'il reste quelques uns de vos petits doigts accrochés à ma main il est encore temps d'immortaliser, encore temps de se prendre dans les bras, encore temps de profiter des traces d'herbe sur vos pantalons, du chocolat au coin de vos bouches, du linge roulé en boule au pied de vos lits.

Vous avez joué à saute-mouton sur l'école maternelle et c'est bientôt le collège qui cherchera à vous attirer dans ses filets.

Et j'aimerais faire barrage, si vous saviez à quel point j'aimerais... Vous interdire d'y aller, fermer les verrous, vous garder au fond de la grotte, les uns contre les autres pour se réchauffer, se renifler, se protéger.

On vous apprend à marcher, à parler et à lire. Mais qui apprend aux parents à vous voir nous échapper? 

Le temps nous cambriole. Il est fourbe, vicieux et s'introduit au milieu des papiers d'école et de l'emploi du temps surchargé.

Il passe de pièce en pièce, nous vole les jouets premier âge, le tapis à langer, la tétine remplacée par l'appareil dentaire.

Il me vole vos vies, pour nous en offrir d'autres, sans même marchander, sans même négocier. Tel un dictateur, il décide de tout.

Alors, au milieu d'un bureau que je n'ai pas encore quitté pour aller déjeuner, je mouille un peu mes yeux.

Sans tristesse ou sans haine, c'est ma manière d'accepter. Cette larme, c'est le remerciement de vos éclats de joie et de colères qui continuent encore à instrumentaliser mon quotidien.

Cette esquisse de sourire, c'est ce qui nous attend encore et encore.

Et lorsque vos derniers petits doigts décideront de se décoller de ma paume et de pianoter l'air de votre avenir, je fermerai les yeux et je saurai que j'ai eu de la chance.

Tellement de chance d'avoir reçu, tellement de chance d'avoir vécu, tellement de chance de vous avoir fait décoller.

La porte ne sera pas verrouillée, je ne vous enfermerai pas, je vous laisserai la franchir.

Mais elle restera ouverte, toujours, pour entendre l'écho de vos rires lointains.

Pour que vous reveniez parfois vous réchauffer un peu au fond de la grotte.

Posté par luluuuberlu à 14:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]