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Un jour. 10 ans auparavant, tu avais une minuscule journée à peine.

Quelques heures de toi, de tes tout petits cils, de tes micros ongles tout mous et d'une ou deux crises de hoquet.
J'avais mal aux seins, t'avais des coliques. On se découvrait de chair en chair, à travers nos odeurs et celle de l'hôpital. Entre deux visites, entre deux examens post-partum. Entre tout ce qui formait un mirage autour de nous. Je pleurais de joie et de chute d'hormones, je devenais mère au même titre que tu devenais une personne au milieu de tous ces autres. Nous allions vivre une aventure extraordinaire.

Il y a 10 ans tu avais un jour. Le monde autour continuait de s'agiter.
A la télé, Cindy Sander faisait découvrir son "papillon de lumière", devenant la risée de bon nombre de français. Sarkozy faisait le bilan de sa première année de mandat. Ma vingtaine à moi était à peine entamée et MSN existait encore.
Ton papa avait fêté ta naissance la veille au soir avec ma famille tandis que j'avais si peu dormi, préférant écouter le bruit de ta respiration. Ton souffle. Si banal. Si magnifiquement banal. Toi petite humaine si peu consciente de ce qui était entrain de se mettre en place. Ta vie. Notre vie.

10 ans et une journée de ton évolution, de la cloque de ta lèvre supérieure à mon gloss emprunté pour ta première boum.

Tu es si grande et si petite.
Premiers billets de concert achetés, tu commences à refuser ton surnom, les robes de princesses sont mises en vente.

Sans avoir commandé de photocopie, je te vois pourtant à ton tour manier les phrases, les déclarations , bidouiller dans ton coin pour fabriquer de bric et de broc. Vouloir ranger ta chambre pour finalement tout sortir parce que tu redécouvres des trésors cachés.
Et puis faire des grimaces, développer ta folie, et surtout ne pas t'en soucier. Spontanéité et tempérament affirmé.

Oui tu m'affrontes, tu me fais face.

Bien sûr que je comprends. Bien sûr que tu as besoin d'être et de devenir, presque sans moi.

Alors sois. Aime. Hurle. Bouffe.

Mon amour si tu savais comme je te veux vivante et combative. Défie moi si tu le souhaites, forge toi, défonce les murs de mots qui te feront barrière. Détache toi pour mieux revenir. Parfois.

Avance, même si je dois pleurer de ces années si rapidement passées. Il y en aura tant d'autres.

10 ans et un jour. Le grand bain.
Plonge ma fille, bois la tasse et remonte à la surface.
Je suis uniquement là pour t'apprendre à nager, mais c'est toi seule qui décidera du bassin dans lequel tu feras tes longueurs.
Un jour de cette nouvelle dizaine. Je me tiens prête aux éclaboussures.

Tiens ma main. A trois on se jette à l'eau. 1.. 2...