22 avril 2016

Leur dire

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Dis leur ma poupée combien je t'ai espérée, combien tu es née, au sommet de mes pensées, combien avant même que tu ne prennes vie dans mon corps tu prenais vie dans chaque recoin de tout mon être.

Dis leur combien je t'ai ressentie, combien tu emplissais mon ventre, mon esprit, mon existence, combien tu as complété mon identité, combien tu as donné sens à tout ce qui m'entourais, à cet instant, à l'instant même où j'ai su que tu avais pris place.

Dis leur combien je t'ai contemplée, petit être bouleversant, combien ton regard croisant le mien faisait exploser le noyau de ma Terre, combien plus aucun élément existant n'égalait la beauté de tes minuscules petits membres.

Dis leur combien je t'ai aimée, combien j'ai aimé ton frère, depuis la nuit des temps, combien d'aussi loin que je me souvienne je vous gardais à l'intérieur depuis toujours. Dites leur mes bébés, combien le mot "Amour" ne définit même pas l'ampleur des sentiments que j'ai pour vous.

Dites leur combien je ne me lasse de vous voir rire ensemble et à quel point je suis fière de votre complicité.

Et puis combien j'aimerais immortaliser certains moments trop furtifs tant ils sont source de plénitude. De vous voir vivre, penser, parler, explorer, apprivoiser, ressentir, partager, avoir des émotions quelles qu'elles soient.

Dites leur que j'essaye, du haut de mes deux petites jambes de maman, de gérer au mieux tout ce bric à brac. Que le temps défile à tel point que j'ai le sentiment de passer à côté de tout ce qui est précieux. Que j'essaye de me décupler, d'être auprès de vous, puis auprès d'eux, auprès d'elle ou auprès de lui. Que j'ai l'impression d'être partout et nulle part à la fois.

Dites leur que je m'excuse, que je fais tout mon possible. Que parfois aussi j'ai envie de penser à moi, un peu.

Que je me garde une parcelle, pour ne pas m'oublier, pour ne plus m'oublier.

Que j'ai trop souvent des cernes, creusées par le temps passé à attraper le bonheur au lieu de me reposer.

Je danse avec vous, avec les gens que j'aime, j'accélère le rythme, je virevolte et j'ai la tête qui tourne.

Et puis je me pose, j'enlève mon tutu, mes ballerines, je masse mes pieds endoloris et je me demande si j'ai aussi le droit de me laisser bercer un peu au lieu de toujours porter sur mes épaules.

La musique s'éteint, il n'y a plus un bruit, plus un mouvement. Je me sens engourdie, peut-être un peu fragile. Je ferme les yeux, j'inspire, je me laisse m'envoler, divaguer, des envies d'ici et d'ailleurs.

Prévenez les que parfois ça arrive, puis que le ballet reprend. Menton haut et fière allure, que je vais de l'avant et que je me donne à fond.

S'il vous plait, simplement, allez leur dire.

Leur dire que je fais de mon mieux.

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06 mars 2016

Parce que...

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Je t'aime.

 

Je t'aime parce que tu m'as écoutée. Parler, des heures.

Parce que tu sais tout. Ma vie, mon passé, mes failles. Et que tu ne joues pas avec.

 

Je t'aime parce que je ris. Beaucoup.

Avec toi tout devient une cour de récré.

Avec toi je suis ridicule, aventurière, excentrique, déjantée.

J'ose. Je suis. Tout bêtement.

 

Je t'aime parce que j'ai pleuré. Plusieurs fois.

Et que tu m'as prise dans tes bras, que tu m'as fait un café et que tu as été là. Juste là, naturellement.

Et que ça a été une évidence pour toi que ta place soit auprès de moi à cet instant.

 

Je t'aime parce que c'est du vrai, du brut, de la vie.

D'être soi à tout instant, de faire le ménage dans sa tête et de se taper un paquet de m&m's devant un programme tv abrutissant à caqueter, jacasser, déblatérer et se laisser porter à des discussions interminables.

 

Je t'aime parce que tu m'as engueulée, plusieurs fois et à juste titre.

Que tu n'as pas peur de me dire la vérité même quand elle est difficile à entendre, que tu m'as bousculée quand j'avais besoin d'etre remuée un peu, pour mon bien, pour avancer.

 

Je t'aime parce que tu m'as livré ton coeur, t'es doutes et tes confidences.

Que chaque jour nous fait évoluer ensemble et abattre des cloisons devant nous.

Que nos souvenirs se bousculent et s'entassent à mesure que le temps passe et que nous continuons le chemin ensemble.

 

Je t'aime car tu es là, et que tu le seras toujours, malgré les nombreuses tempêtes que nous traverserons encore..

 

Un jour timidement, tu as pris ma main, j'ai pris la tienne et nous avons commencé à marcher, juste comme ça, parce que c'était bien plus sympa d'emmener quelqu'un dans ce voyage.

Je ne savais pas que tu allais me suivre contre vents et marées, et qu'au lieu de suivre un petit sentier pour une courte promenade nous allions parcourir l'univers bras dessus dessous.

 

Je t'aime parce que tu es plus qu'une amie, tu es en moi, tu es mon armure et mon armée, tu es ma lutte et ma victoire.

Je t'aime pour tout ça, le passé, le présent et l'avenir.

Je t'aime pour toute cette certitude.

 

Je t'aime parce que ça ne s'explique pas.

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28 janvier 2016

Ôde à la working mum solo

 

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T'as déjà remarqué combien le bruit d'un aspirateur peut être apaisant? Non?

Bon je te le concède, bon nombre de ces détestables machines font un boucan d'enfer et te renvoient à la tâche ingrate que tu es entrain d'accomplir.

Ménache ménache, astique ma grande, ta journée de boulot est terminée mais ta seconde journée est en route!

Tu rentres et tu enfiles direct le tablier de Conchita, celle au service de deux gnomes capables de te retourner un département entier en moins de 5 min. Bref, tu vis Tchernobyl tous les jours, et au bout d'un milliard de révoltes contre tes deux bombes humaines, tu abdiques.

Je vais vous confier quelque chose. Dolto m'a vue et m'a fait les gros yeux.

J'ai commencé, tout en pestant, à passer l'aspi chez moi ce soir, après m'être levée à 5h45 pour aller à mon taf où j'ai passé la journée à gérer une bande d'autres mini bombes (oui parce que la masochiste que je suis s'occupe des enfants des autres en crèche en plus de s'occuper des siens, bientôt camisolée la working mum).

Là, au loin du bruit sourd de ma machine de guerre, j'ai entendu leurs cris.

Mes deux lutins ont, comme d'ordinaire, décidé de faire de leur chambre un ring de boxe. J'ai dit merde à Dolto. Je ne suis pas intervenue.

Pardon Grande Sainteté de la pédagogie, mes excuses chers pédiatres, pédopsychiatres, défenseurs de l'éducation bienveillante... 

Fiston, vivant le drâme de sa vie, a débarqué dans le salon, pleurant à chaudes fausses larmes, bouche grande ouverte et morve au nez, pour me faire passer un message.

Oui, les enfants communiquent par codes, tu ne le savais pas? Il faut leur parler, écouter leurs craintes, leurs difficultés.

Mais dans ce cas précis, un mini boy de quasi 60 mois ne SAIT PAS te faire une phrase explicite.

Au mieux il te sortira un "Bouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhhh et bah et bah elle m'a poussé 'arce que' d'abord l'avait prêté son jeu et après après après (oui le gnome a des bugs quand il pleure) l'a poussé alors que c'est toujours elle qui l'a et bouuuuuuuuhhhhjiwhziunexwgeuinwxua (oui le gnome perd sa connexion quand il pleure)"

Et moi aussi je me suis déconnectée. Au lieu d'aller arbitrer leur match, j'ai squizzé.

J'ai apprécié mon aspirateur toujours allumé, j'ai vidé mon esprit et je me suis retrouvée sur une plage déserte, le regard perdu dans les rouleaux de la mer, même si Dolto me guettait derrière un palmier et me murmurait scandalisée que je ne me préoccupais pas des émotions de mes enfants et qu'ils allaient grandir avec des frustrations qui feraient d'eux des adultes angoissés et incapables d'évoluer sereinement.

Je dois te l'avouer, je n'ai pas culpabilisé.

Parce que 15000 fois par jour je fais tampon, parce que 112000 fois par semaine j'essaye de comprendre, je les sépare, je trouve des alternatives, mes poils s'hérissent 15 fois par heure à les entendre se chamailler ou faire les zouaves dans tout l'appartement (sachons-le deux enfants censés jouer ensemble ne jouent pas, ils associent leur énergie pour atteindre le plus grand record de décibels possibles et recréer avec leurs 4 mini jambes un troupeau de mammouths sur un champ de courses).

Quand tu es seule, tu gères tout ça. Et plus encore. La nounou, la garderie, les factures, les tâches ménagères, le regard inquisiteur de la maîtresse parce que t'as encore oublié de rapporter la pochette des documents à remplir, l'angoisse de ne pas savoir qui peut garder tes enfants pendant les vacances scolaires, les courses que tu fais en trois fois car tu oublies toujours quelque chose, les devoirs que l'instit te laissent en cadeau et qui te ruinent deux heures de ton temps et les dernières forces qui te restent de ta longue journée, l'histoire du soir à l'issue de laquelle ils te réclament la deuxième, puis la troisième, puis le bisou, le câlin, le pipi, le loup caché sous le lit...

Toi y a personne sous ton lit. Ni dessous, ni dedans.

Et le câlin réconfortant après cette dure journée, tu te le colles au fond de ta table de chevet.

 

Ôde à vous, bons nombres de working single moms et pleines de ressources. Au fond, je suis certaine que Dolto vous salue, et qu'elle sait que vous faites au mieux.

Et souvenez vous qu'au beau milieu d'une crise de fratrie, l'aspirateur peut être le meilleur Xanax du monde.

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05 novembre 2015

Miroir, mon beau miroir

 

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 Wondermaman a la fesse flasque.

Oui oui, wondermaman a un miroir qui parle. Mais ce bon vieux miroir à qui l'on a l'habitude de demander "qui est la plus belle?", n'est plus celui des contes de fées.

Car celui de tes 20 ans se fend la gueule maintenant.

Désormais, ce vieux sadique a le verbe indélicat.

Il te balance tous les matins que tu as trop forcé sur les chocos BN de tes marmots, qu'au lieu de te vautrer devant " Les Reines du shopping" tu ferais bien de t'activer un peu la panse pour rentrer à nouveau dans ta robe de bal.

Parfois, t'essayes de le feinter.

Tu t'achètes un peu de Slimbouffe par-ci par-là, de 0% en veux-tu en voilà.

ça fait disparaître tes économies, mais pas ta cellulite.

Alors t'essayes d'aller noyer tes kilos à la piscine. 

Que nenni ma chérie. Tu ressors toute fière de l'eau, t'imaginant devenir la nouvelle Manaudou de la région.

Mais la dalle te rattrape, t'envoyant déglinguer un bon gros BigMac dés la sortie, faisant couler par la même occasion tous tes efforts au fond du bassin.

 

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Crédit: Leschroniquesdeso

Bref, ta balance est une connasse, tes jeans hurlent à la mort et tes proches complotent pour t'offrir à chaque évènement les plus beaux clichés de ta culotte de cheval.

 

Stop!

Ton canasson tu vas l'utiliser à bon escient justement!

 

Monte sur la selle princesse! Retire tes pantoufles de verre et enfile tes baskets abandonnées depuis la douce et lointaine période pendant laquelle tu savais encore monter trois étages sans avoir l'impression d'être un animal en fin de vie.

Je t'assure, un jour la petite ampoule au dessus de ta tête s'allume. Tu es ready.

Un programme sportif, un tapis de gym et deux haltères plus tard, te voilà sur la ligne de départ.

 

3...2...1.... Let's go!

 

Se faire une place dans le salon, pousser la table en faisant tomber deux trois bibelots au passage.. aïe c'était quoi ça? qu'est-ce qu'il fout là ce playmobil? bon ok, musique... non du fitness sur du Hervé Vilard c'est pas le bon plan, je change de station radio...ok ça mouv' bien ça......ahhh je sens l'énergie qui me vient... ...attaque princesse attaque!

......ok abdos.... fu fu fu... souffle cocotte, t'es une warrior.... ok là je gère.... qu'est-ce que ça dit là? ah oui ok fessiers.... à quatre pattes maintenant, postérieur en l'air, une jambe tendue (baisse les stores, ton voisin se marre)...mouvement, mouvement..... bordel, qu'est-ce que....? Mais DEGAGE SALETE DE CHAT!!! Le voilà qui attaque ma jambe!! Abruti!!.... Bon euuuh... ah oui... fu fu fuuuu....

"Mamannnnnnnnnnn!! J'ai ma table de 7 à réciter!!!!"....

Euuuuh oui ma puce alors ....fu fuuu.... 7+3?...... non pas 15..... fu fu fuuuu...(aïe ça tiiiiire).....ok 7+8?..........(contracte tes abdos cocotte).......fu fuuuuu.... 

"Mamaannnnnnnnnnnnn!!! ça y est j'ai fini, tu peux venir m'essuyeeeer??"

(Nan mais c'est pas vrai ils se sont donnés le mot ou quoi?!!)...

J'arrive!!!... Pffff....(ok contracte encore le ventre même quand tu marches ça te fera bosser quand même).........

......et hop on est reparti......les squats maintenant....kékéça??....euuuh position sumo....hum si tu veux....allez zou, fléchiiii....aïe....remonte...fléchi....aïe.... (rires des enfants) (Gulli est mon ami, c'est parti pour une demi-heure de tranquillité)......

 

Séance terminée. Te voilà exténuée mais plus vaillante que jamais.

Avant de rentrer dans ta douche, tu brandis au passage ton plus beau majeur au miroir qui te fait un sourire narquois. 

 

Blanche-neige a décidé de ne plus s'occuper uniquement de ses nains.

Cendrillon a troqué ses haillons contre des vêtements fitness.

 

Et surtout, SURTOUT, la Belle au bois dormant s'est enfin sorti les doigts du derrière.

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Pour les mamans qui souhaiteraient connaître mon programme, après avoir constaté de nombreux résultats sur le web au bout de 12 semaines, j'ai décidé de suivre le programme Top Body Challenge de Sonia Tlev . Pas de secret, un rééquilibrage, du sport et surtout des femmes comme toi, comme moi et comme les autres dans la même galère et avec qui je me motive chaque jour sur les réseaux sociaux. No pain ni gain!

 

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19 octobre 2015

L'Après

Week-end familial. Dispute. Contrôle technique. Courses. Les vacances sont réservées. Dispute. Dispute. Chouette journée au zoo. Les petits ont été émerveillés. Dispute. Pleurs. Questions. Il m'aime. Moi aussi je crois. On va s'en sortir. Dans un mois c'est notre anniversaire. Son cadeau est trouvé. On regarde quoi ce soir à la télé? Dispute. Cris. Les enfants ont peur. Il faut que je prenne l'air. Il va falloir qu'on s'en sorte. Je t'aime. Est-ce que ça sonne faux? J'ai vu mes amis, ça m'a fait du bien. Les enfants sont chez mes parents. Cette soirée au resto nous sera bénéfique. Je crois qu'on s'en sort. Dispute. Dispute. Dispute. Non on ne s'en sort pas.

Silence. Arrêt. 

 

Il faut que JE m'en sorte.     

                                                                      coeur012

Et puis l'après.

J'ai l'impression d'être sonnée.

C'est vrai ce qui m'arrive? Le livre est terminé sans une fin heureuse?

 

Je me retrouve face à ma nouvelle histoire, face à une première page blanche. 

Et désormais je dois l'écrire seule, sans connaître les personnages que je rencontrerai, les rebondissements, sans m'imaginer à quel point certaines pages seront pleines de ratures et de tâches d'encre. 

J'ai jamais écrit de bouquin toute seule, jusqu'alors nous étions deux auteurs.

J'ai imaginé tant de fois la suite de ma vie. Pourtant les chapitres ont été plus complexes que je ne l'espérais. J'ai écrit, gommé, et recommencé. 

Il y a toujours cet "après". Celui qui te fait sourire, te fait espérer, grandir, parce que c'est toi qui te lance, sans filet, dans l'écriture de ce qui sera ton oeuvre. C'est celui qui fait peur, qui fait douter. Tu ne sais plus. Tu veux t'arrêter d'écrire, jeter ta plume, tu te fatigues.

Et puis il faut reprendre, parce qu'ils sont tous les deux au coeur de ton histoire. Il va falloir les faire évoluer, les guider au fil des pages. Tu n'as pas le droit de flancher. Tes deux personnages principaux tu les as créés, en chair et en os, même s'ils se retrouvent tous les deux désormais dans deux biographies différentes.

Et il y a toi. Et ce que tu as envie de donner.

Il y a toi. Et ce que tu mérites enfin de recevoir.

Tu doutes, tu te casses la gueule. Des rencontres sont au coeur de certains mauvais paragraphes. Tu tournes la page. Et tu gardes en tête tout ça. S'il le faut, tu relis certains passages, en guise de souvenirs, en guise de leçons aussi. C'est à ça que te sert ton livre.

Tu gardes le premier dans un coin de ton tiroir, et le nouveau toujours sous le bras. Il te porte, t'emporte, vers l'après, vers l'inconnu parfois fait de désillusions mais surtout gage de promesses.

Je m'en suis sortie. J'ai transformé l'héroine un peu terne du premier volet de ma vie en une héroine tenace et accomplie. 

Il fait flipper ce nouveau roman. Je n'affirmerai pas qu'il m'inspire tous les jours. Mais il m'a liberée. Et il me libère chaque jour un peu plus.

Il était une fois, une maman qui avait décidé d'être heureuse.

Pas de cheval blanc, de baguette magique ou de princesse endormie.

Juste une femme sur son destrier Citroën qui parcourt la ville entre son boulot, les devoirs et la natation.

Et qui, dans son grand tintamarre, s'offre le luxe de rire aux éclats, de découvrir, de contempler, de partager, de vibrer, de s'écouter, de pleurer, d'être folle, battante, aimante, imaginative, désordonnée, curieuse....

Une femme avec une plume, une plume pour écrire, la même pour s'envoler.

 

Il était une fois. Ma vie. La vraie cette fois.

 

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07 octobre 2015

Demi-maman

 

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Il y a des années lumières, je suis redevenue primate, tous mes sens se sont mis en éveil.

J’ai découvert l’odeur singulière d’un tout petit corps qui sortait de moi, celle un peu moins glamour d’une montée de lait intempestive, je me suis habituée très naturellement à me faire baver dessus, à accepter qu’une toute petite chose me réveille des milliards de fois, qu’on fasse de moi un être robotisé prêt à assouvir les moindres désirs d’un autre être humain, comme si le cerveau se mettait en mode veille et que le corps suivait tant bien que mal les instructions qu’on lui ordonnait, instinctivement.

J’ai pleuré de tant de nuits blanches, j’ai très clairement compris le sens des mots « crevasses », « coliques », « réflexe d’éjection fort ». J’ai morflé, mais pas que. Loin de là.

Parce que je me voyais attribuer un rôle magnifique, celui de guider quelqu’un sur le chemin de la vie, lui donner les bonnes cartes à jouer pour se construire, avancer, s’épanouir . Etre l’essence même d’une existence, c’était là une chose bouleversante pour moi.

Et je me suis donné les moyens de me surpasser dans le rôle qu’on m’avait confié. J’ai essayé, j’ai trébuché, j’ai été tantôt merveilleuse maman, tantôt maman larguée, défaitiste.

 Je n’étais pas cuisinière, j’ai passé des heures à me prendre pour une candidate redoutable de Masterchef, mon Babycook est devenu mon meilleur ami et lorsque bébé se tartinait de MA purée de carottes maison que je lui avais concoctée, j’avais l’impression qu’il s’envoyait un repas digne des plus grands chefs étoilés.

Son regard me donnait un pouvoir imaginaire. Je suis devenue une WonderMaman, la super héroïne des prouts sur le ventre et du nœud de portage.

Petit bouchon numérobis est arrivé, quelques temps plus tard. Ma vie était tracée, avec deux lutins dans les bagages, le mariage, la maison, le monospace, les chats et le poisson rouge.

 

Et puis la vie. Celle qui te rattrape et qui parfois te fait comprendre que le bonheur ne se trouve pas toujours derrière toutes les portes, et qu’il ne suffit pas de projets pour le faire exister.

 

Un jour, je suis devenue une demi-maman.

Mon temps plein s’est transformé en temps partiel, ma vie s’est séparée en deux.

De l’autre côté de la barrière, un papa, tout aussi aimant, tout aussi investi. Possibilités restreintes.

En se séparant du parent opposé, on se voit obligé de se passer les petits lutins d’un côté et de l’autre de la barrière, sans broncher, pour que chacun garde des petits moments découpés de bonheur furtif, de participer un tant soit peu à leur éveil, leur éducation.

Et culpabiliser de voir le temps s’envoler sans qu’on ne puisse jamais réellement profiter de leur présence.

 BD « Je suis une super maman » Sylvia Douyé et AstridM Editions Vents d’Ouest (Glénat)

Alors WonderMaman réinvestit ses supers pouvoirs et reprend seule les commandes.

Seule.

A cette solitude s’ajoute un épuisement. Parce que WonderMaman est sur tous les fronts.

Elle se doit d’être irréprochable au travail, les poches se voyant camouflées par les peintures de guerre. La voilà prête au combat .

 Elle se doit de ne pas se noyer sous l’amoncellement du linge, de la vaisselle ou ne pas s’exploser le pied dans le champ de mines qu’est devenu le coin jeux (ou « l’appartement jeux »)

Elle devient arbitre, n’a jamais de répit, les deux parties adverses toujours prêtes à l’affrontement. 

Elle n’a jamais le temps de les aimer comme il faut. Elle les aime fort, de loin, entre deux créneaux, boulot, nounou et activités extrascolaires.

Elle court, elle jongle, elle se transforme de nouveau en robot. Automatismes, temps qui passe. On est vendredi, ils repartent de l’autre côté de la barrière.

 

Je suis une demi-maman, et je culpabilise, toujours. Parce que je ne suis pas une Bree Van de Kamp, loin d’être organisée, méticuleuse, je brode, je fais au mieux.

Parce que la société te fout la plus énorme des pressions et va hypocritement te pondre des documentaires mélodramatiques sur le burn out maternel.

Je culpabilise car dans tout le joyeux bordel qu’est notre vie à mi-temps, je me libère ailleurs, par le biais d’une activité un soir par semaine et que je fais venir une garde à domicile pour ça.

Je culpabilise car je crie, souvent, je baisse les armes, j’abdique devant l’adversaire haut comme trois pommes. Parce que je n’ai aucune épaule sur laquelle me libérer au quotidien, parce qu’ils le savent et qu’ils en jouent.

Je culpabilise parce que financièrement je rame, que non, une maman solo ne veut pas dire blindée d’allocations, que je vais bosser pour redonner aux gardes à domicile qui s’occupent de mes enfants à ma place.

Et que le peu de salaire en plus que l’on voudra bien m’accorder, il sera retirée dans le peu d’aides que je peux espérer de notre cher système social en restant une maman active.

 

Parfois je me demande l’intérêt de tout ça.

D’une demi-maman, avec mon travail je deviens un quart de maman. Et le peu de force qui me reste sur mes temps libres, j’essaye de l’investir dans des activités ludiques. Mais parfois l’envie n’est même plus là.

 

Il était une fois une WonderMaman un peu bancale, tu sais celle que tu vois courir tous les matins avec ses lutins débraillés à côté d’elle, pour ne pas arriver en retard à l’école ?

Une WonderMaman aux pouvoirs un peu fatigués mais toujours actifs, qui trouvera toujours un peu de temps pour créer une méga pizza en pâte à modeler, imiter à la perfection tous les animaux de la ferme de l’histoire du soir ou se faire une méga boum à trois sous fond de Reine des Neiges ou de Violetta (rêvez pas les cybermums, à 7 ans ta fille elle te rit au nez quand tu lui proposes L’âne Trotro, trop trop rigolo….).

Cette WonderMaman, elle te fait un petit clin d’œil à toi demi-maman, maman sous Magné B6, maman qui a parfois du mal à écouter Dolto ou qui ne sait plus comment appliquer ses conseils.

Parce qu’on nous tartine d’attitudes à adopter et de jugements de valeur.

Mais quand ton lutin te dessine sa vie avec des soleils, des cœurs et des ptits zozios…

Qu’il te dit que t’es « trop belle maman » quand t’as ta tronche de Chewbacca du matin…

Et que finalement, dans ses cris qui te hérissent le poil à chaque fois qu’il met en route son mégaphone tu entends un grand éclat de rires…

Dis-toi bien que le lutin, il est heureux avec toi et qu’ailleurs, demi-parents ou non, c’est certainement tout aussi compliqué.

 

Je suis devenue une maman à temps partiel. Mais je suis remplie d’eux au quotidien, qu’ils soient présents ou non. Je saurai toujours au fond de moi que je suis une bonne maman, au fond, même si j’ai parfois du mal à m’en convaincre.

Ce qui se passe, là, à l’intérieur, c’est ça mon repère, c’est là où je prends la température, où je puise ma force.

 

Je reste leur essence, ils sont devenus mon carburant pour avancer.

 

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